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Evelyne Bénard est une esthéticienne pas comme les autres. Spécialisée dans l’onco-esthétique et l’image de soi, elle remonte l’image et le moral avec ses soins douceur, ses ateliers de maquillage et de relooking.
La haute et élégante silhouette s’encadre dans la porte de la cabine. Jolie rousse, hyper féminine, Evelyne Bénard porte aujourd’hui chemisier et petit tailleur pimpant pour accueillir les femmes qui viennent la consulter. «Je reçois ici des femmes qui sont en traitements ou qui viennent de les terminer et c’est volontairement que j’ai abandonné ma blouse blanche depuis qu’une femme m’a avoué que cela lui rappelait trop l’hôpital» explique-t-elle avec un grand sourire.
Des opérations lourdes, voire des mutilations, des cheveux et des sourcils qui disparaissent, 8 à 15 kgs en plus ou en moins… «Le plus lourd est de passer du statut de femme au statut de malade», souligne Evelyne. Pour aider les femmes à reprendre confiance en elles et leur donner envie d’avoir envie, se développent des centres comme Etincelle. Evelyne travaille dans ce centre deux jours par semaine dans une jolie cabine, aménagée et subventionnée par Clarins. «J’ai eu la chance, souligne-t-elle, de m’investir ici au démarrage de l’association avec une équipe soudée. Le travail d’équipe permet de mieux capter le mode de communication de chaque personne pour répondre avec encore plus de sensibilité aux besoins.»
«Je retrouve ce sens de l’équipe, à l’hôpital de Pontoise, où je suis financièrement prise en charge par La Ligue contre le Cancer et où médecins et infirmières ont fait spécifiquement la demande d’une onco-esthéticienne. Ici, c’est avec les équipes que je vois qui prioritairement a besoin de soins. Bien intégrée au service, je me sens plus utile et je participe activement au bien-être des patients.
A Pontoise, je n’ai pas de lieu propre, j’improvise en fonction des possibilités : un jour dans le bureau d’un oncologue absent, l’autre jour dans une chambre vide. Mais dans cet hôpital, qui reçoit chaque jour plus de malades, je dois souvent travailler à l’abri d’un paravent, dans une chambre occupée par deux personnes. C’est moins intime mais je peux quand même aider les malades. Le soin, avec le concours des produits Avène, est prétexte à les détendre physiquement mais surtout à les réconforter et au besoin à les encourager à demander l’aide d’un psy. A Pontoise d’ailleurs, je fais le compte-rendu de mes interventions sur les dossiers des malades, où l’on note l’état de santé, l’alimentation, les douleurs, autant que l’état émotionnel.
«A l’hôpital d’Eaubonne où mon intervention est également prise en charge par La Ligue, je dispose d’une pièce avec un fauteuil de soin, ainsi qu’une table et deux fauteuils pour les premiers entretiens. Situation privilégiée ? Pas forcément. Seul lieu disponible, il est à l’écart du service. Les malades me voient moins. Je dois passer dans les salles de chimio, me présenter et proposer mes services !
A l’hôpital, l’adaptation est de règle. Dans les chambres, je dois souvent déplacer la table de nuit pour y installer mon chariot et pousser précautionneusement le lit et les divers câbles pour m’installer derrière le malade.
«Les demandes des malades sont d’abord des demandes de conseils, notamment pour les hommes qui vont ainsi exprimer leur besoin d’aide et de réconfort. Les patients veulent par exemple savoir comment soigner leurs ongles, il faut leur montrer comment les désinfecter et les soigner avec un vernis au silicium. Aux femmes désespérées de perdre leurs cheveux, j’explique quand et comment choisir une perruque, comment maquiller leurs sourcils et se donner bonne mine.
Le but de ces rendez-vous est d’abord de prendre le temps d’écouter. Ecouter le patient et l’aider à s’exprimer peut lui permettre de mieux accepter cette étape douloureuse et de la vivre le mieux possible. Les hommes aiment beaucoup les manucuries, les soins du visage et les massages de relaxation du cou et des épaules qui vont avec. Mais la mise en confiance se fait dans la mesure où le premier contact s’est bien établi.
Dès que je le peux, à Etincelle et à Eaubonne en tout cas, je mets de la musique de relaxation pour rendre l’espace plus intime. En privé, des choses s’expriment qui ne se diraient pas en salle de chimio.
Parcours atypique que celui d’Evelyne Bénard qui est au départ gestionnaire de clientèle dans une banque ! L’esthétique lui tient à cœur depuis ses 18 ans mais ses parents y étant opposés, elle s’est orientée vers une école de gestion et de comptabilité. Evelyne profite de mesures de licenciement dans sa banque avec l’aide à la création d’entreprise pour faire l’École d’Esthétique Elysée-Marbeuf et ouvrir son propre institut. Déjà soucieuse de bien-être, elle mise sur les soins du corps, la balnéo, les enveloppements. L’institut marche bien mais Evelyne le revend au bout de huit ans avec l’intention d’aller plus loin dans sa démarche. Elle suit une formation de Conseil en Image et ouvre un espace : image et relooking. Après avoir animé bénévolement des ateliers de maquillage, elle contacte le CEW qui rapidement la fait travailler deux à trois journées par semaine à l’hôpital, dans des services de gériatrie, de rééducation fonctionnelle et d’oncologie. Elle intervient comme conférencière dans des écoles d’infirmières, des réseaux d’hospitalisation à domicile et des congrès de cancérologie. Puis elle crée et anime à la Maison des Patients du centre René Huguenin à St Cloud un atelier de Conseil en Image. Faute de renouvellement des subventions, l’atelier s’arrêtera mais aujourd’hui Evelyne intervient à nouveau en ce sens à l’hôpital de Pontoise.
Ne plus être comme avant, c’est l’angoisse des patients. Les aider à réhabiliter leur image et retrouver un nouvel équilibre, c’est l’obsession d’Evelyne Bénard. Pour bien comprendre tous les mécanismes psychologiques qui se mettent en place avec le cancer et aussi apprendre à réagir avec justesse, Evelyne a passé un Diplôme Universitaire de Psycho-Oncologue en cours du soir. Plus que jamais, ce diplôme l’a convaincue de l’intérêt en cancérologie d’ateliers de conseil en image, sujet de son mémoire de fin d’études.
Le psychiatre Boris Cyrulnik a démontré que la résilience, la capacité à rebondir après un choc grave est une qualité personnelle qui n’est pas présente chez tous les individus mais que l’on peut stimuler de différentes façons : notamment en favorisant d’un point de vue éducatif le développement des ressources individuelles. Pour Evelyne, les ateliers de conseil en image peuvent de façon pédagogique aider la personne à reconstruire son estime de soi. Mais surtout, les études sur la résilience ont permis de découvrir que l’expression artistique est d’une grande aide pour redevenir l’acteur de sa vie. Passer par le corps pour se reconstruire est un élément important du puzzle pour retrouver ordre et harmonie et redevenir complet. Accepter sa nouvelle image est nécessaire pour entrer dans une nouvelle phase de sa vie, se réconcilier avec soi-même et refaire des projets.
Une école spécialisée, l’école de socio-esthéticiennes CODES, forme à l’onco-esthétique. Evelyne a commencé par animer bénévolement un des ateliers de maquillage de La Vie de plus belle. Le bénévolat permet de se connaître, de savoir comment on va réagir face aux malades. «Pour apporter écoute et bien-être, l’esthéticienne doit disposer d’un sacré capital de stabilité et d’équilibre, insiste-t-elle. Ce toucher respectueux est d’emblée maternel, réconfortant, mais presque impudique tellement il implique l’intimité de l’autre, ses souffrances et ses complexes. Il faut trouver dans l’empathie, la bonne distance avec le malade et s’armer pour rester intacte en toutes circonstances.»
Il est bon aussi de se former en oncologie, de connaître les traitements et leurs effets secondaires. Evelyne assiste à de nombreuses conférences sur le cancer et a bénéficié de formations particulières avec des cancérologues, complétées par les cours magistraux en cancérologie qu’elle a suivis, lors de ses cours de D.U.